Guide 04 · Réglementation

Comprendre l'AI Act quand on soigne

Le règlement européen sur l'intelligence artificielle classe les systèmes par niveau de risque et impose des obligations graduées. Voici ce qui concerne réellement un soignant, avec un calendrier à jour, l'articulation avec les dispositifs médicaux et vos obligations d'utilisateur — sans jargon inutile.

⏱ Lecture ≈ 15 minNiveau : direction, DPO/RSSI, cliniciensMis à jour : 30 juin 2026

1. Une logique par le risque

L'AI Act (règlement (UE) 2024/1689) ne régule pas « l'IA » en bloc : il régule des usages, selon quatre niveaux de risque.

NiveauCe que ça viseRégime
InacceptableManipulation, notation sociale, certaines identifications biométriquesInterdit
Haut risqueIA des dispositifs médicaux, tri, aide à la décision cliniqueObligations strictes
Risque limitéChatbots, contenus générésTransparence
MinimalUsages courants sans enjeuLibre

La plupart des IA véritablement cliniques — celles qui participent à une décision de soin — relèvent du haut risque, précisément parce que ce sont des dispositifs médicaux. À l'inverse, un assistant qui met en forme un courrier relève au plus de la transparence.

2. Le calendrier (vérifié)

DateCe qui s'applique
2 février 2025Interdiction des pratiques d'IA prohibées (article 5) ; obligation de « culture de l'IA » (article 4).
2 août 2025Obligations pour les modèles d'IA à usage général (GPAI) et gouvernance.
2 août 2026Application générale du règlement et obligations de transparence (article 50).
2 août 2028Obligations pour l'IA à haut risque intégrée aux produits réglementés, dont les dispositifs médicaux (échéance repoussée de 2027 à 2028 via le « Digital Omnibus »).

À retenir : deux obligations sont déjà en vigueur et souvent ignorées — les interdits et la culture de l'IA (2025) —, la transparence est d'actualité (2026), tandis que le régime « haut risque » applicable aux dispositifs médicaux dispose d'un délai jusqu'en 2028.

3. La culture de l'IA, obligation méconnue

L'article 4 impose, depuis février 2025, que les organisations qui déploient des systèmes d'IA veillent à un niveau suffisant de « culture de l'IA » (AI literacy) chez les personnes qui les utilisent en leur nom. En clair : vos collaborateurs doivent comprendre ce que fait l'outil, ses limites et les risques associés. Pour un cabinet ou un établissement, cela se traduit très concrètement par une sensibilisation documentée des équipes — ce que couvrent d'ailleurs plusieurs guides de cette série. C'est une obligation légère mais réelle, et facile à honorer si elle est anticipée.

4. IA clinique : le croisement avec les dispositifs médicaux

Un logiciel d'aide au diagnostic ou au tri est généralement un dispositif médical au sens du règlement (UE) 2017/745 (MDR), et doit à ce titre porter un marquage CE. L'AI Act ne remplace pas cette exigence : il s'y ajoute. Un dispositif médical intégrant de l'IA à haut risque devra satisfaire aux deux corpus, via une évaluation de conformité coordonnée — un même dossier démontrant la conformité MDR et AI Act, plutôt que deux procédures redondantes.

Pour vous, praticien ou établissement, la conséquence est simple : face à un outil qui « aide à décider », exigez le marquage CE comme dispositif médical, la classe du dispositif et la documentation de conformité. Un outil qui s'en dispense, tout en prétendant orienter une décision clinique, est un signal d'alerte majeur.

5. Ce que « haut risque » impose au système

Vous n'aurez pas à produire ces éléments (ils incombent au fabricant), mais les connaître vous aide à évaluer un fournisseur. Un système d'IA à haut risque doit notamment garantir :

Demander à un éditeur comment il satisfait ces points est un excellent test de sérieux : un fournisseur mature répond avec sa documentation ; un fournisseur opportuniste élude.

6. Vous êtes déployeur, pas fournisseur

L'AI Act distingue le fournisseur (qui conçoit et met sur le marché le système) du déployeur (qui l'utilise). L'essentiel des obligations lourdes pèse sur le fournisseur. Mais le déployeur — vous — n'est pas exempt :

Ces obligations sont proportionnées, mais elles supposent que votre organisation sache l'IA intervient dans ses processus — d'où l'intérêt d'une cartographie des usages, préalable à toute mise en conformité.

7. Transparence et droit à l'explication

Depuis l'échéance d'août 2026, l'article 50 impose de signaler qu'un contenu ou une interaction est produit par une IA : un patient qui dialogue avec un agent conversationnel doit le savoir, un contenu synthétique doit être identifiable. S'y ajoute, pour les systèmes à haut risque, le droit du patient d'obtenir des explications claires sur le rôle de l'IA dans une décision qui le concerne. En santé, cette transparence rejoint la déontologie : la relation de soin suppose que le patient sache à qui — ou à quoi — il a affaire, et sur quoi repose ce qui lui est proposé.

8. Modèles génératifs (GPAI)

Les grands modèles génératifs (ceux qui font tourner ChatGPT et consorts) sont soumis à des obligations propres depuis août 2025 : documentation technique, résumé des données d'entraînement, respect du droit d'auteur, et exigences renforcées pour les modèles présentant un « risque systémique », encadrées par des codes de bonnes pratiques. Ces obligations pèsent sur les éditeurs de modèles ; elles vous concernent indirectement, en garantissant une base de transparence sur les outils que vous utilisez au quotidien.

9. Gouvernance et sanctions

La mise en œuvre s'appuie sur un Bureau européen de l'IA et des autorités nationales de surveillance. Les sanctions sont dissuasives : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les pratiques interdites, et jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % pour le manquement à d'autres obligations. Au-delà du montant, l'enjeu est réputationnel et déontologique : en santé, un manquement expose autant à la perte de confiance des patients qu'à l'amende.

À retenir
  • Deux obligations déjà en vigueur et souvent ignorées : interdits et culture de l'IA (2025).
  • IA d'aide à la décision clinique = dispositif médical à haut risque : exigez le marquage CE.
  • Transparence obligatoire depuis 2026 ; droit du patient à une explication (art. 86).
  • Vous êtes déployeur : usage conforme, supervision humaine, information, signalement.
  • Le régime « haut risque » des dispositifs médicaux s'applique au 2 août 2028.
  • L'AI Act complète le RGPD et le règlement dispositifs médicaux — il ne les remplace pas.

Questions fréquentes

À partir de quand l'AI Act s'applique-t-il ?

Par étapes : interdits et culture de l'IA depuis février 2025, GPAI depuis août 2025, application générale et transparence en août 2026, haut risque des dispositifs médicaux au 2 août 2028.

Une IA d'aide au diagnostic est-elle concernée ?

Oui : c'est en général un dispositif médical à haut risque, soumis à la fois au MDR (marquage CE) et aux exigences AI Act, via une évaluation coordonnée.

Quelles sont mes obligations si j'utilise un outil d'IA ?

Usage conforme à la notice, supervision humaine, information des personnes, signalement des incidents, et culture de l'IA dans vos équipes. Les obligations de conception pèsent sur le fournisseur.

Cartographier vos usages d'IA à risque ?

Singulr aide les établissements à identifier où l'IA intervient, à vérifier la conformité des outils et à documenter les usages en vue des échéances 2026-2028.

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Sources
  1. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act) — articles 4, 5, 10, 12, 14, 15, 27, 50, 51-55, 86 ; calendrier d'application.
  2. Règlement (UE) 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux (MDR) — marquage CE.
  3. Commission européenne / Bureau européen de l'IA — mise en œuvre ; report « Digital Omnibus » de l'échéance haut risque à 2028.

Information générale à jour au 30 juin 2026 ; les échéances peuvent évoluer. Ne constitue pas un conseil juridique.